Ce qui ne me tue pas me rends plus faible, plus fort, rien du tout
Friedrich Nietzsche, Crépuscule des idoles, ou, Comment philosopher à coups de marteau
Il est plutôt drôle de voir le succès qu’a eu – et qu’a toujours – cette maxime devenue quasi-proverbiale. Succès qui n’épargne pas le développement personnel car c’est aussi un de ses poncifs les plus éculés. Devise personnelle pour certains, pour certaines. Art de vivre pour d’autres. Ou encore tout simplement sentence gribouillée dans un classeur.
Bien sûr, et vous le savez tous, pas besoin de vous le rappeler, ce qui vous ne tue pas à court terme a de fortes chances de vous tuer sur le long terme2. Mais peut aussi vous renforcer. On est là donc en présence de ce genre de maximes bidons dont raffolent les développementalistes et autres psycho-charlatans de le pensée (faussement) positive. Ni vraie, ni fausse3. On peut tout lui faire dire. Et surtout le pire. C’est-à-dire l’autosatisfaction et le status quo.
Oui, c’est le genre de slogan qu’adore notre amie la procrastination. Et là rien d’étonnant. C’est une invitation au surplace, à ce que rien ne change. Car si ce qui vous arrive de mauvais dans la vie vous renforce, pourquoi vouloir changer ? Pourquoi rechercher les expériences positives. Pourquoi vouloir autre chose ? Car à mettre sur le même plan (voir au dessus) les expérience négatives et les expériences positives Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes
Et c’est d’ailleurs tout sauf un hasard de retrouver Candide car pour Pangloss : « Les malheurs particuliers font le bien en général. » 4
Alors pour changer au lieu d’accumuler les mauvaises expériences et d’essayer d’en tirer encore une forme déculpabilisation, essayez d’accumuler les bonnes expériences et vous verrez : ce qui vous fait du bien vous rend plus fort.
- Aus der Kriegsschule des Lebens. — Was mich nicht umbringt, macht mich stärker.
Götzen-Dämmerung oder Wie man mit dem Hammer philosophirt ↩ - Et nous pensons au simple fait de ne pas faire ce que nous voulons vraiment faire. ↩
- Nietzsche lui-même dans Ecce Homo (Pourquoi je suis si sage) semble incapable de tenir un discours cohérent sur la nature de ce qui ne nous tue pas. Après un passage pour le moins cryptique sur l’individu sain et sur la maladie comme stimulant énergétique, il nous explique qu’il faut savoir se renforcer d’un hasard malencontreux pour loin nous annoncer qu’ « il ne croit ni à la malchance ni à la faute. » ↩
- Voltaire, Candide, ch. 4. ↩
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